Le lendemain, Cerise se réveilla à l’aube et sauta littéralement sur Erin pour la réveiller. Cerise avait l’intention d’arriver dans les premières au champ de foire afin de passer avant l’afflux de monde.

Erin, pas encore très réveillée, s’habilla difficilement. Puis il fut compliqué de convaincre Cerise de passer par la case petit déjeuner. Celle-ci avala son petit déjeuner en moins de deux, puis trépigna d’impatience pendant que Erin finissait le sien. Effectivement, l’arrivée de la foire avait permis à Cerise de retrouver son entrain. Quelques élèves avaient manifestement eu la même idée que les jeunes filles, et on voyait par-ci par-là quelques têtes pas très réveillées dans le réfectoire.

Stressée par une Cerise qui sautait d’impatience à côté d’elle, Erin se dépêcha d’engloutir son petit déjeuner, puis elles se dirigèrent vers le champ de foire. Erin espérait que le montage des tentes serait terminé et qu’ils auraient bien accès à la place. Elle n’aimait pas trop l’idée d’avoir été sortie du lit de bonne heure pour rien.

Mais ce n’était pas le cas. Bien que la plupart des stands soient encore fermés, le champs de foire était déjà ouvert. La matinée passa vite. Le temps d’explorer une boutique, et une autre avait fini par ouvrir. A l’heure du repas, Cerise avait les mains pleines de sacs.

Les filles se séparèrent. Erin devait retrouver Phyl au réfectoire du dôme, pour manger ensemble, Cerise, quant à elle, avait l’intention de continuer à faire le tour des stands.

Erin se dirigea donc vers le dôme France. Bien qu’elle avait apprécié cette matinée avec Cerise, elle était contente de s’éloigner de l’agitation. Comme il y avait des brasseries à la foire, ils ne seraient pas nombreux à manger au réfectoire. Ce qui convenait très bien à Erin, qui avait envie d’un repas complet, équilibré et surtout calme. Elle retrouva Phyl à l’entrée du dôme, puis ils allèrent manger ensemble.

— « Tu as fait quoi ce matin ? Je suppose que tu as passé la matinée avec Cerise ? demanda Phyl, pour entamer la discussion.

— Oui. Elle m’a fait lever à l’aube pour aller au champ de foire. Et on a bien du faire la plupart des boutiques de mode. Je suppose qu’elle va repasser dans certaines toute seule cet après-midi.

— Connaissant Cerise, c’est fort probable, répondit Phyl.

— Et toi, tu as été voir la foire avec tes collocs ? Tu as fait quoi ? lui demanda Erin.

— Je n’ai pas vraiment pu. Ce matin, j’ai eu un entretien avec Monsieur Garceau, le responsable de notre dôme, répondit Phyl.

— Ah bon. Tu as fait des bêtises ? lui dit-elle en rigolant. Non, sérieux, qu’est-ce qu’il te voulait ? demanda Erin.

— Je sais pas trop si je peux en parler. Il m’a demandé de garder ça pour moi.

— C’est malin ça, de me dire qu’il t’a parlé, mais d’après me dire que tu peux pas m’en parler… Enfin, c’est comme tu veux, je ne te forcerais pas la main. Mais si tu veux en parler, tu sais que tu peux tout me dire. J’en parlerai pas, même à Cerise, si tu me le demandes.

— Oui. Je sais. J’ai confiance en toi, c’est pas le problème.

Après un temps de réflexion, Phyl finit par reprendre la parole.

— Oui, je veux bien en parler, c’est vrai que ça me trotte dans la tête depuis ce matin et que parler m’aidera peut-être. Monsieur Garceau m’a dit que malgré les mesures de confinement et les clauses de confidentialité de l’Académie, ils craignaient des fuites et des tentatives de sortie de la part des élèves. Depuis la semaine de l’implant, ils ont du faire face à plusieurs demandes d’élèves souhaitant quitter le programme, à qui ils ont du fermement rappeler les clauses du contrat. Et ils ont surpris plusieurs personnes à essayer de se faire la malle du côté de l’enceinte.

— Normal. Je t’avoue que moi-même je n’ai pas été très à l’aise avec cette idée d’implant, et que ça m’a traversé l’esprit plus d’une fois, admit Erin. C’est juste que je suis trop cynique pour envisager que l’Académie puisse accepter de me laisser partir maintenant, et trop intelligente pour tenter de franchir les barrières de sécurité…

— Oui… Et je t’avoue que je suis bien content que tu n’aies rien tenté. Monsieur Garceau m’a dit que l’Académie souhaitait recruter des élèves qui seraient en charge de surveiller le moral et les intentions des autres élèves.

Tout cela dans le plus grand secret, histoire que leur rôle puisse rester efficace. D’après ce que j’ai cru comprendre, au vu de mes résultats aux tests psychologiques et de mon implication ici, ils ont déterminé que j’avais le profil idéal.

Ils m’ont donc demandé de participer. Enfin, demandé n’est pas forcément le terme. J’ai été promu surveillant du dôme Jacquart, mais c’était déjà effectif avant même qu’ils ne m’en parle, lui raconta Phyl.

— Euh… Je te dirais bien félicitations, mais je ne sais pas si c’est approprié, répondit Erin.

— Oui, moi non plus, et c’est bien ça mon problème. Je t’avoue que j‘adore ce que l’on fait ici, que je trouve l’implant trop cool, mais j’aime beaucoup moins l’idée de fliquer les élèves. Mais en même temps, je suis très flatté que l’Académie m’ait choisi…

— Bah, dis-toi que c’est parce que l’Académie surveille le moral des gens, ça peut pas être un mal, non ? tenta de le rassurer Erin.

— Oui, c’est vrai. Je peux voir ça comme ça. Merci Erin, je savais que je pouvais compter sur toi. » Il l’embrassa, en donnant l’impression d’avoir tout d’un coup retrouvé le moral.