Erin n’était pas convaincue du bien-fondé de la surveillance que l’Académie souhaitait mette en place. Parce qu’elle commençait à avoir des doutes sur le bien-fondé même de l’Académie. Les clauses de confidentialité, ça passait encore, mais l’interdiction de parler à ses proches, l’enceinte, la censure, l’implant, les mouchards, la pression permanente et maintenant le flicage interne via les élèves eux-mêmes…

Mais elle ne voulait pas mettre Phyl dans l’embarra. S’il avait été promu surveillant, il n’avait sûrement pas besoin que sa copine lui fasse part de ses doutes; Il devrait choisir entre la protéger et la dénoncer… Et en plus, ce poste ressemblait tellement à Phyl. Même s’il n’était pas très éthique, elle était sûre qu’il serait heureux à ce poste…

Erin et Phyl se décidèrent ensuite à aller ensemble au champ de foire. Après avoir parcouru au hasard les allées, ils arrivèrent à un stand où se déroulait une compétition sportive. Le stand proposait une sorte de parcours du combattant, avec des obstacles à franchir par-dessus, par-dessous, et de la course. Apparemment, vu l’animation, c’était un stand populaire. Les spectateurs étaient nombreux.

Erin n’aimait pas du tout ce qui était compétitif, mais Phyl ne pouvait pas s’empêcher de participer dès qu’il pouvait se mesurer aux autres et se mettre en avant. Surtout qu’Erin était là, donc il voulait l’épater.

Laissant Erin au niveau de l’entrée, Phyl se fraya un chemin jusqu’à l’accueil et demanda à participer. Erin, quant à elle joua des coudes pour se trouver une place où elle pourrait voir le parcours.

Elle vit Phyl se mettre sur la ligne de départ, avec les autres participants. Après un compte à rebours, l’arbitre siffla le départ et tous se mirent à courir.

Phyl se débrouillait plutôt bien. Il n’était pas premier, mais il était dans le peloton de tête. Il s’agissait maintenant de grimper à la corde le long d’un mur.

Il dépassa un des participants, qui n’arrivait pas à grimper, et s’engagea sur le pont de singe. Gardant le rythme, il descendit l’échelle de corde suivante et rampa dans le petit tunnel. Quelques instants plus tard, il ressorti un peu sale, mais avec une place de gagnée.

Erin rigolait intérieurement. C’était bien Phyl : dès qu’il s’agissait d’une compétition, même s’il n’avait pas les compétences pour la gagner, il finissait à une place convenable car il voulait gagner. Son mental était son point fort, mais c’était aussi un point faible : il était possible de lui faire participer à n’importe quoi du moment qu’on lui disait qu’il s’agissait d’une compétition.

Phyl était maintenant en troisième position, mais n’avait pas de grandes chances de dépasser les deux premiers. Il restait un mur à escalader avant d’utiliser une corde pour redescendre au niveau de la ligne d’arrivée. Il était quand même en meilleure position que ce sur quoi Erin aurait parié lorsqu’il s’était inscrit.

Et puis, en grimpant, il glissa. Peut être un moment d’inattention, et il se retrouva à terre. Comme il ne bougeait pas et restait inerte à terre, les organisateurs arrêtèrent les autres participants, puis amenèrent un brancard pour le sortir de la zone.

Erin se faufila entre les spectateurs et finit par atteindre un des organisateurs, qui empêchait les curieux d’approcher. Elle se présenta comme la petite copine de Phyl, demanda des nouvelles, et on lui permis de s’approcher. Il était allongé sur le brancard, et sourit en voyant Erin.

— « Tu as vu, j’avais presque réussi. J’étais même troisième à un moment, lui dit-il.

— Oui, Phyl. J’ai vu. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Tu as mal ? lui demanda Erin.

— Oui, j’ai un mal de chien à ma cheville droite. Les organisateurs pensent que j’ai peut-être une entorse. Ils sont partis chercher des responsables, et on va sûrement m’amener à l’hôpital. Par contre, pour ce qui s’est passé, c’est le blanc total. Je me souviens d’avoir commencé à grimper, de t’avoir fait signe, puis d’avoir ressenti une douleur au niveau de l’oreille, puis c’est le noir complet ».

A ce moment-là, M. Garceau, arriva avec une équipe médicale.

— «Bonjour Phyl, alors on est tombé ? Lui demanda-t-il en souriant.

— Oui, monsieur.

— Appelle moi Wyatt, je te l’ai déjà dit ce matin. Et elle, qu’est-ce qu’elle fait là ? Pourquoi l’avez-vous laissé passer ? dit-il en pointant un doigt en direction d’Erin.

— Elle, c’est ma petite amie, et elle prend de mes nouvelles ».

Monsieur Garceau regarda Phyl d’un air sévère.

— « Je ne savais pas que tu avais une petite amie, tu ne me l’avais pas dit.

— C’est assez récent, répondit Phyl.

— OK. Elle peut rester encore un peu, mais qu’elle ne nous gêne pas », dit-il, d’un air embêté.

Puis il se retourna vers Erin.

— « Mais je te demanderais de ne pas nous accompagner à hôpital. Tu recevras des nouvelles de Phyl en temps voulu, quand on t’en donnera. Ne t’inquiète pas, il devrait être vite sorti, mais nous aimerions lui faire quelques examens complémentaires ».

Il s’adressa à nouveau à Phyl.

— « Alors comme ça, tu as dit aux organisateurs que tu avais eu un blackout, et que tu te rappelais juste une grande douleur ?

— Oui, monsieur.

— Nous allons te garder en observation un petit moment, histoire de comprendre ce qui s’est passé. On va éviter d’ébruiter ça. Un mouvement de panique à cause d’une incompréhension est si vite arrivé »

Wyatt Garceau se retourna vers le personnel médical qui l’avait accompagné.

— « Amenez-le à hôpital, nous allons déjà commencer à soigner cette cheville qui le fait souffrir. Quant à toi. Comment t’appelles-tu déjà ?

— Erin Berger, monsieur.

— Tu es dans quelle chambre ?

— La 42, dôme Jacquart.

— Tu as une colocataire?

— Oui. Cerise Deblois.

— OK. Erin. Je te promets que nous te fournirons rapidement des nouvelles de Phyl. Mais je ne veux pas de visites à hôpital. Il sort bientôt, c’est pas la peine. C’est bien compris ?

— Oui monsieur.

— Et pas un mot sur ce blackout à quiconque. Phyl a officiellement loupé une prise, il est tombé et on l’amène à l’hôpital pour soigner sa cheville.

— Bien, monsieur. Je peux quand même lui dire un mot avant qu’il parte ?

— Vas-y. »

Erin se dirigea vers Phyl.

— « Phyl, monsieur Garceau m’a dit que c’était bénin et qu’il ne souhaitait pas que je t’accompagne à hôpital, ni même que je passe te rendre visite, parce que d’après lui tu seras bientôt sorti.

— Ne t’inquiète pas Erin. Je te sonne sur ton téléphone quand je suis sorti. Pendant ce temps, essaie de retrouver Cerise et de profiter de la foire.

— OK. »

Phyl fut emmené. Erin resta seule un moment. Elle sorti son téléphone, dans l’espoir de retrouver Cerise, mais celle-ci avait prévu d’assister à un concert cet après-midi, et était injoignable.