Le soleil était à peine levé et Cerise dormait encore. Elle était rentrée très tard la veille, puis, quand elle avait appris ce qu’il s’était passé, elle s’était inquiétée pour Phyl. Erin avait dû l’empêcher d’aller à l’hôpital.

Erin s’habilla, et, machinalement, mit sa main dans sa poche. Un bout de papier ?! La conversation avec l’homme étrange d’hier lui revint en mémoire.

Elle regarda le bout de papier, se demandant si elle devait ou non y jeter un œil. Elle n’en avait parlé à personne. Ni à Phyl, ni à Cerise. Et ne savait pas trop si elle devait. Surtout pour Phyl.

D’ailleurs, elle avait eu quelques nouvelles de Phyl. Tout d’abord un message, de M. Garceau, lui disant que Phyl allait mieux et qu’il pouvait rentrer sans soucis dans sa chambre. Puis, un second message de Phyl, très tôt ce matin, lui disant qu’il était bien rentré, et qu’il ne s’agissait que d’un surmenage dû à l’intensité des cours.

Il lui disait également qu’il avait besoin de se reposer, mais lui proposait de se retrouver pour manger ce midi.

Erin se déplaça doucement dans la chambre, afin de ne pas réveiller Cerise, et sortit en direction du réfectoire. Il restait encore une journée de foire, et le lendemain, tout serait démonté. Les cours reprendraient normalement.

Erin avala rapidement son petit déjeuner et dirigea d’un pas résolu vers la foire. Elle souhaitait pouvoir retourner au stand café-bibliothèque.

Hier, Erin était restée sur ses gardes, et l’étranger était parti rapidement. Elle s’en était voulu après coup, car elle avait maintenant plein de questions sur les lèvres… Par exemple, comment un livre comme 1984 avait réussi à passer la censure, ou comment se faisait-il qu’il était possible d’accéder au dark-web à partir de l’Académie, alors qu’elle ne pouvait même pas surfer librement.

Plus Erin avançait vers le champ de foire, plus elle avait de questions à poser. Il n’y avait pas grand monde à cette heure-ci, et se faufiler entre les stands pour aller à l’autre bout de la foire fut relativement facile.

Mais… C’était pourtant là ? Elle en était sûre, mais il n’y avait plus rien. Aucun stand, aucun livre. Rien n’indiquait qu’il y avait eu un stand à cet endroit la veille. Soit elle avait rêvé, soit tout avait été nettoyé et remis en place comme si le stand n’avait jamais existé.

Et pourtant… Erin regarda ce papier qu’elle avait dans la main. Elle savait qu’elle n’avait pas rêvé. Ce bout de papier, qu’elle n’avait pas encore ouvert, venait bien de quelque part.

L’Académie avait-elle découvert la présence d’une boutique indésirable et l’avait elle fait disparaître ? Les tenanciers de ce stand avaient-ils décidé de partir avant que l’on détecte leur présence ? Seul ce bout de papier témoignait de la présence de ce stand la veille.

Erin traîna les pieds, dépitée, jusqu’à sa chambre. Elle n’était pas plus avancée…

Le monde commençait à se lever, et elle croisait de plus en plus d’étudiants dans les couloirs. Elle entra dans sa chambre au moment où Cerise se levait.

— « Déjà debout ? demanda-t-elle.

— Oui, j’avais quelque chose à vérifier, répondit Erin, en serrant le bout de papier dans sa poche.

— Tu as été voir Phyl ? Il va bien ?! demanda Cerise.

— Non, c’est pas ça. J’ai reçu un message de sa part. Il m’a dit que tout allait bien et qu’on se retrouverait à midi au réfectoire. Je voulais juste voir un truc à la foire.

— OK. Pour Phyl, je sais pas comment tu fais pour ne pas t’inquiéter.

— Ben on me dit de ne pas m’inquiéter, je ne m’inquiète pas, répondit Erin. Ou du moins, je ne le montre pas, parce que ça ne sert à rien. Et puis, Phyl est mieux placé que moi pour savoir s’il faut s’inquiéter ou non.

— Vu comme ça, évidement. J’aimerais tant avoir autant de sang-froid que toi.

— Et moi, j’aimerais avoir ton entrain. Donc à nous deux, on fait une bonne paire, répondit Erin.

— Bon, tu fais quoi ce matin ? On retourne au champ de foire ? On refait les boutiques ? », demanda Cerise.

Erin pensa au bout de papier. Si elle voulait démêler tout ça, rester seule ce matin pourrait être utile. Elle pouvait être sûre que Cerise ne viendrait pas la déranger, une fois qu’elle serait partie à la foire, et personne d’autre ne la dérangerait non plus, puisque la plupart des étudiants y seraient aussi.

— « Non, je préfère rester là ce matin, répondit Erin. J’ai un peu mal dormi cette nuit, et j’aimerais me reposer, comme ça, je serais en forme pour la fin de la foire cet aprem. »

C’était un mensonge, évidemment. Elle ne savait pas quand serait la prochaine foire, s’il y a en avait une de prévue, et elle aurait évidemment souhaité en profiter au maximum. Mais en même temps, elle mourrait d’envie d’en savoir plus. Elle ne pourrait profiter de rien tant qu’elle ne saurait pas de quoi il en retournait. Et puis, elle ne voulait pas poser de problèmes à Cerise, ce qui serait peut être le cas si l’Académie se rendait compte qu’elle avait gardé le livre 1984.

— « Oui, je comprends, répondit Cerise. Tu manges avec Phyl à midi, mais on passe l’aprèm ensemble ?

— Promis », lui répondit Erin.