Erin regarda l’heure. C’était l’heure de retrouver Phyl pour manger.

Erin hésitait. Elle se posait tellement de questions sur l’Académie depuis un moment que suivre Kwier lui semblait naturel. Il semblait avoir des réponses.

Seulement, Phyl était là. Elle ne s’imaginait pas ne rien dire à Phyl et rester en couple avec lui. Car pour elle, un couple se devait d’être basé sur la confiance. Mais en même temps, Phyl venait d’être promu surveillant du dôme. Ce qui le mettrait dans une position fort ambigüe.

Cela dépendrait où irait sa loyauté. A sa copine ou à l’Académie. Et au fond d’elle-même, Erin avait un doute sur la réponse.

Franchement, elle ne voyait pas Phyl, si motivé pour arriver à être sélectionné, si enthousiaste par ce qu’il se passait ici, si fier d’avoir été sélectionné pour surveiller le moral et les étudiants, ne rien dire.

Et si elle lui en parlait, ça allait lui causer des problèmes, elle en était sûre. Il faudrait donc qu’Erin choisisse. Soit Phyl et l’Académie, soit l’inconnu. Et l’inconnu l’attirait comme un aimant.

En arrivant au réfectoire, Erin avait pris une décision; La meilleure chose à faire serait de casser avec Phyl. Car au fond d’elle-même, depuis le début, elle savait que ça ne marcherait pas entre eux. Et elle n’avait fait que se voiler la face et suivre les conseils de Cerise.

Monsieur Garceau discutait avec Phyl à l’autre bout du réfectoire. Encore lui ! Ils devaient manger en tête à tête ! Elle eut une pointe de jalousie, puis se rappela qu’elle comptait se séparer de Phyl.

— « Bonjour Erin, je tenais compagnie à Phyl le temps que tu arrives. Comme tu peux le voir, il va beaucoup mieux. Une simple entorse et du surmenage, n’est pas ? lui dit monsieur Garceau.

— Oui monsieur. Bonjour Monsieur Garceau.

— Je vais vous laisser. Phyl, je vous vois tout à l’heure ? On fait comme on a dit ?

— Oui Monsieur », répondit Phyl, atone.

Monsieur Garceau se leva et s’en alla, laissant Erin et Phyl seuls. Erin s’approcha de Phyl, mais celui-ci ne se leva pas.

— « Bonjour Erin, lui dit-il froidement.

— Bonjour Phyl, contente de voir que tu vas bien. »

Vu la froideur de la discussion, Erin fut pris d’un doute. Serait-il possible que Phyl et M. Garceau soit au courant de son escapade sur le réseau. Mais ce n’était pas possible. Kwier avait l’air sur de lui. Si elle ne dépassait pas le temps imparti, il n’y avait pas de soucis. C’est si elle commençait à devenir parano qu’elle allait attirer les regards sur elle…

Phyl finit par répondre.

— « Oui, comme l’a dit Monsieur Garceau, juste une entorse et une grosse fatigue. »

Il y eu un grand blanc.

— « Écoute Erin. J’ai adoré être en couple avec toi, ce fut une super expérience, mais il faut se rendre à l’évidence, on ne se ressemble pas, on n’a rien à faire ensemble. »

Erin avait beau s’être dit la même chose, elle ne s’attendait pas à ce que ce soit Phyl qui en parle.

— « Phyl, que se passe-t-il ? demanda Erin.

— Écoute, ne rends pas les choses plus difficiles pour moi, tu as très bien compris. Il vaut mieux qu’on se sépare, lui dit-il.

— Si c’est difficile pour toi, pourquoi le fais-tu alors ? demanda Erin.

— Erin. Je ne voulais pas en parler, parce que l’Académie souhaitait que je laisse ça sous silence, mais je vais être franc. Ici, à l’Académie, on n’aime pas l’idée que je sois lié à quelqu’un. Et surtout à toi. Tu es un peu trop «indépendante» à leur goût. Ils ont peur que cela nuise à mon rôle de surveillant, et que j’octroie des passe-droits ou que je ne te surveille pas assez. Ils m’ont fait clairement comprendre que je devais mettre fin à cette relation si je voulais avoir un avenir ici.

— Sur ton rôle de taupe, tu veux dire ! L’Académie a peur que tu ne me fliques pas comme tu fliquerais quelqu’un d’autre si tu es avec moi ! Et toi, comme un brave mouton, tu suis ! »

Erin se sentie bête tout d’un coup. Elle se rendait compte que Phyl préférait effectivement l’Académie…

— « Écoute, Erin, reprit-il. Je ne veux juste pas qu’il t’arrive des problèmes.

— Quels genre de problèmes autres que ce que tu irais leur raconter de ton plein gré ? A moins que je ne compte pas pour grand chose en fait. Peut-être que je n’ai d’ailleurs jamais compté…répondit elle, un peu en colère.

— Erin, calme-toi. Cette nuit, j’ai entendu les médecins. Ils pensaient que je dormais. L’implant que l’on a dans notre tête. Il n’est pas fait que pour faire de la réalité virtuelle.

— Ben voyons… C’est de la faute de l’implant maintenant.

— Mais écoute-moi ! Il permettrait d’accéder à certaines zones de notre cerveau, pour les contrôler ! Cela prend juste un peu de temps, mais petit à petit, au fur et à mesure que l’implant est accepté par l’organisme, il arrive à accéder à certaines zones du cerveau. Je n’ai pas très bien compris comment, mais apparemment, c’est une question d’apprentissage. L’implant apprends comment le cerveau marche, et une fois qu’il a compris, paf ! On est pris au piège, et on peut nous contrôler. »

Erin resta sans voix. Elle s’attendait à beaucoup de chose de la part de l’Académie, mais pas à ça.

— « Le blackout que j’ai eu hier signifie que le processus était presque à la fin. L’implant commence à avoir accès à mon cerveau. Dans peu de temps, l’Académie aura un accès direct. Et comme je ne sais pas trop ce que ça signifie, ni si je resterai moi-même ou non, je préférerais te savoir loin de moi, pour ne pas te poser de problèmes.

Surtout que M. Garceau ne désire pas que nous soyons ensemble… Tu sais, il ne t’aime pas beaucoup. Et puis, Erin, je n’ai pas envie que ce soit l’Académie qui me fasse faire des choses que je ne veux pas et qui décide de notre rupture en me laissant spectateur.

— Mais on peut sûrement faire quelque chose, demanda Erin. On va faire un scandale, en parler à tout le monde !!

— Erin, la zone est sous surveillance. On ne peut en parler à personne. Et je n’ai pas envie qu’ils se mettent à tirer à vue sur les étudiants rebelles, ou qu’ils te fassent disparaître parce que tu gènes trop ! Ou n’importe quoi d’autre. Je n’ai aucune idée de quoi ils sont capables. N’en parle pas !

Et puis, il est trop tard pour moi, mais peut-être pas pour toi. D’après ce que j’ai cru comprendre, l’implant marche mieux sur les personnes les plus enthousiastes et motivées. Ça permet de se mettre en « résonance », ou un truc du genre. »

Phyl eu un petit rire amer.

— « Apparemment, ma motivation m’a joué un tour pour une fois. Il fallait que les personnes soient douées en informatique et ai une certaine logique pour que ça marche, d’où ce simulacre d’école autour de nous. Tout ce que je peux te conseiller, c’est de rester sceptique sur tout ce qui se fait ici, ça devrait te permettre de résister le plus longtemps possible, bien que ça ne servira sûrement à rien au final, puisqu’il n’y a pas moyen se sortir d’ici.

— Et toi ? lui demanda Erin.

— Moi, je compte faire bonne figure auprès de l’Académie. Ça ne changera pas trop de mon ordinaire. Mais oublie moi, ça devrait leur éviter de intéresser trop à toi.

— Merci, lui dit-elle simplement.

— Et puis, personnellement, malgré cela, je préfère croire encore que l’Académie puisse représenter une chance pour moi. Peut-être que cet implant n’est pas totalement mauvais. Je troque un peu de liberté contre un énorme savoir, et une certaine gloire de faire partie des pionniers. Puisque je ne peux rien y faire, je préfère y croire… Mais je sais que ce n’est pas ce que tu penses toi.

— Oui, jamais je n’accepterai de troquer ma liberté.

— Oui, c’est ce que je me disais, et donc il vaut mieux que l’on se sépare et je préfère penser que ça n’aurait jamais marché entre nous. Ça fait moins mal. »

Erin acquiesça, se leva et quitta le réfectoire, laissant Phyl seul. Elle avait envie de pleurer. Il y avait une différence entre se séparer, et … Ça ?!

Plus que jamais, Erin était résolue à retrouver Kwier et à quitter ce maudit endroit. Elle ne voulait pas que l’Académie puisse se servir d’elle comme d’une marionnette. Peut-être pourrait-elle sauver Cerise également. Phyl pensait qu’il était perdu, mais si elle arrivait à sortir d’ici, elle se battrait pour libérer les personnes comme lui de l’implant.