A la vue de ses pauvres résultats, Erin comprenait maintenant pourquoi Kwier s’était montré réticent à l’idée qu’elle cherche à recruter.

Lui, lors de la foire, avait pu partir si les choses dérapaient, mais elle ne pouvait pas fuir si ça tournait mal, et elle n’arriverait pas à recruter plus de monde sans prendre trop de risques. Elle pouvait à tout moment se faire repérer si elle choisissait les mauvaises personnes. Et trop de risques feraient foirer toute la mission de #freedomnia. Après tout, elle était leur seule alliée dans la place.

En retournant dans sa chambre, Erin attrapa au passage la clef USB dans le pot; Elle devait dire à Kwier que c’était foireux, et qu’elle souhaitait passer directement à la suite. Et elle y retrouva Cerise.

— « Alors ? », demanda celle-ci.

Erin savait très bien qu’elle parlait de Phyl.

— « Il n’a même pas voulu écouter dès qu’il a su de quoi je voulais parler. »

Mais Cerise hésitait encore à quitter l’Académie et à laisser Phyl.

— « Peut-être que je pourrais vous être utile de l’intérieur ? proposa-t-elle.

— Oui, c’est vrai. Mais dans ce cas-là, impossible de te libérer de l’implant, sinon, ils te repéreraient. Et tu ne tiendras pas forcément suffisamment longtemps pour être utile sur le long terme. Bon, écoute, prends le temps de réfléchir, mais j’aimerais te montrer deux trois choses, au cas où. »

Erin lui montra la clef USB. Elle lui parla du fait que le programme qui était dedans cachait ses traces en floodant le système d’alerte avec du trafic neutre, dans le but de noyer dans la masse ses autres activités. Mais comme ce qu’elle faisait sur son PC restait quand même fliqué par l’Académie, il ne fallait pas trop s’en servir.

Elle lui parla de #freedomnia, et lui montra comment contourner le pare-feu pour se connecter au tchat. Elle en profita pour parler à Kwier du peu de monde qu’elle avait réussi à recruter.

À ce moment-là, la porte s’ouvrit sur M. Garceau, qui n’avait pas frappé.

— « Mademoiselle Berger, je vous prie de sortir. »

Erin eu juste le temps de fermer la fenêtre de tchat et l’obfuscateur avant de sortir.

Zut, la clef était restée à l’arrière du PC ! Plus qu’à espérer qu’ils ne songeraient pas à regarder derrière.

Dans le couloir, Phyl regardait ses chaussures.

— « Phyl ! Qu’est-ce que tu as été dire à M. Garceau? lui demanda Erin.

— Écoute Erin, je ne peux pas te laisser faire. Si tu complotes contre l’Académie, je me dois de t’en empêcher. »

Encore ce truc bizarre avec ses yeux. Ça y est, ça y était ! Phyl n’était plus lui-même. L’Académie avait réussi à prendre le contrôle de Phyl, tout en laissant suffisamment lui-même pour que ce soit imperceptible. Elle devait pouvoir lui transférer des ordres qu’il suivait sans même s’en rendre compte ou même pouvoir faire autrement. Bref, il avait du rapporter à M. Garceau la conversation qu’ils avaient eue.

Cerise sortit à son tour.

— « Pas sympa, M. Garceau, dit-elle en souriant à Erin. Et Phyl, c’est pas cool ce que tu as fait. Je croyais que tu me faisais confiance et qu’il y avait quelque chose de spécial entre nous.

— Ne vous inquiétez pas, Melle Deblois, je n’en ai pas après vous. Phyl m’a dit de faire particulièrement attention aux agissements de Melle Berger, qui lui semblaient suspects. »

Phyl regarda ses chaussures de plus belle.

— « Écoute Cerise, dit Erin. Regarde-le. Il n’est pas lui-même. C’est la faute de l’Académie. Par contre, je m’en veux à moi de pas m’en être rendu compte tout de suite. Je ne sais pas ce qu’il va m’arriver maintenant, dit-elle désemparée, tu sais, j’ai laissé la clef USB derrière le PC, il va la trouver. »

Erin jeta un œil dans la chambre par dessus l’épaule de Cerise et vit M. Garceau en train de tout retourner, fouiller son PC, regarder les paramètres de l’imprimante…

— « Bon, déjà, j’ai supprimé tout ce qui était sur papier », se dit-elle pour elle-même.

M. Garceau n’avait pas l’air d’avoir trouvé ce qu’il cherchait, Cerise fit un clin d’œil à Erin.

— « Vous pouvez retourner dans votre chambre, Mademoiselle Berger. Désolé pour le dérangement, Mademoiselle Deblois. »

Il regarda Erin dans les yeux.

— « Je vous ai à œil. »

— « Super, pensa Erin. J’avais bien besoin de ça. »

Les filles entrèrent dans la chambre, refermant la porte au nez de Phyl. Et Erin traversé la pièce pour regarder derrière son PC. La clef n’était plus là.

— « C’est ça que tu cherches ? demanda Cerise en lui montrant la clef, qu‘elle venait de sortir de sa poche.

— Cerise, tu es géniale, lui dit Erin.

— Il en avait contre toi, pas contre moi. Donc, quand il a tourné le dos pour te regarder sortir de la chambre, je l’ai attrapé et mis dans ma poche. Je me suis dit que ça t’éviterais des ennuis. Et comme, encore une fois, c’est pas après moi qu’il en avait, il a pas fouillé mes poches. Par contre, je retiens Phyl. Ça ne se fait pas de dénoncer ses amies !

— Comme je t’ai dit, je pense que ce n’est pas de sa faute. Ils ont accès à son cerveau. Il est lui-même la plupart du temps, mais lorsque ça parle de l’Académie, il a comme un truc dans les yeux, comme si son cerveau avait un bug. Comme s’ils l’avaient «programmés» pour qu’il réagisse dans certaines conditions.

— Raison de plus pour ne pas l’abandonner là ! déclara Cerise. Et raison de plus pour t’aider et te dépêcher. Ça fait froid dans le dos.

— Cerise, M. Garceau va me surveiller de près. Il ne m’a jamais aimé, à cause de mes résultats aux tests psychologiques : il me trouvait trop indépendante et pensait que je finirais pas créer des problèmes. Ce que Phyl lui a raconté donne de l’eau à son moulin. Ca va être compliqué pour moi dans les prochains jours de contacter #freedomnia, parce que mon PC risque d’être vraiment surveillé, et aussi d’utiliser le programme anti-contrôle sur les personnes à qui je l’ai promis, dit Erin. Franchement, c’est déprimant. Ça ne pouvait pas tomber au plus mauvais moment.

— Moi, ils me surveillent pas. Je n’ai jamais donné à Phyl une quelconque raison de me soupçonner de quoique ce soit. Que du contraire d’ailleurs. Donc, il a aucune raison de me soupçonner.

— Oui, mais ça me fait une belle jambe, répondit Erin.

— Bah, si. Tu peux toujours utiliser mon pc, avec ton tool, pour contacter #freedomnia. Y a qu’à s’arranger pour que tu le fasses quand je suis dans la chambre, comme ça, ils penseront que c’est moi qui utilise mon pc. Surtout si j’utilise le tien en même temps. Ça devrait permettre de brouiller les pistes.

— Mais tu risques gros, Cerise. Tu es sûre ?

— Oui, et je peux même faire plus. Je vais laisser sous-entendre à Phyl que maintenant que j’ai vu que Monsieur Garceau t’avait à l’œil, je les aiderais et je garderais un œil sur toi. Ca devrait te permettre d’être moins surveillée lorsque tu seras avec moi.

— Cerise, tu es adorable.

— Et surtout, surveille-moi. Si j’ai ce truc bizarre dans les yeux, arrête tout et vas t’en si tu peux. Autant Phyl a juste des soupçons sur toi, autant moi, je sais tout.

— Promis. Mais tu as donc décidé de rester ici ? J‘espérais vraiment que tu viennes avec moi.

— Je sais plus, répondit Cerise. Bien sûr, j’ai pas envie de rester et de devenir comme Phyl, mais en même temps, j’ai un peu peur me rebeller. Et puis, il y a Phyl que j’aimerais soutenir, mais, je sais bien que ça ne lui servira à rien que je reste ici…

— Cerise, je ne peux pas te laisser là ! S’il te plaît, accepte qu’on te retire cette foutue routine de contrôle de ta tête, supplia Erin. Comment peux-tu encore te poser la question après tout ce que tu sais, et ce que tu viens de voir…

— OK, ok. Erin… On va la retirer. Oui, j’ai vu ce que ça faisait à Phyl. Et je ne te serais d’aucune utilité une fois zombifiée, que du contraire.

— Ouf. On fait ça maintenant ? demanda Erin, soulagée à l’idée d’avoir enfin convaincue Cerise.

— Monsieur Garceau risque de revenir d’une minute à l’autre, il n’a pas l’air de vouloir te lâcher… Le mieux, c’est qu’on sorte de là, et qu’on évite les PC pour le reste de la matinée. Je pourrais peut-être voir Phyl en tête à tête d’ici là. Je ferais celle qui le comprend et je lui dirais que je te surveille. Après ça, on devrait pouvoir être tranquilles. Je n’ai pas encore eu de blackout, on devrait encore pouvoir attendre encore un peu.

— OK, on fait comme ça. »