Erin propose d’utiliser les salles de cours pour désactiver l’implant de Cerise. En utilisant l’une des salles d’une autre dôme, aucuns soupçon ne se porteraient sur elles. Elle expliqua en détails à Cerise comment elle s’y était pris pour sortir l’autre soir, et après avoir longtemps réfléchi à la questions, elles avaient décidé que Erin devait accompagner Cerise afin d’éviter que celle-ci ne se fasse surprendre.

Et elle pourrait faire d’une pierre deux coups : surveiller la salle et utiliser un autre poste pour rechercher les plans de l’Académie. Quitte à risquer de se faire prendre en allant dans un autre dôme, autant que ça soit le plus utile possible.

D’abord Cerise, elle libérerait les autres après. Tant pis pour le plan de #freedomnia, ils n’étaient pas là, c’est elle qui au final choisissait la marche à suivre.

Erin et Cerise attendirent 23h. A cette heure, plus personne ne naviguait dans les couloirs. Soit ils étaient en ville, soit en train de dormir.

Erin sortit de sa chambre une première fois pour faire un premier repérage. Prétextant d’aller aux toilettes, elle croisa dans les couloirs M. Garceau qui faisait une ronde. Elle le salua, et entra dans les toilettes. Elle attendit un peu, puis en ressorti, le salua à nouveau et retourna dans sa chambre.

Il valait mieux attendre. Une heure plus tard, ce fut Cerise qui sortit. Elle salua un vigile, qui piquait du nez dans un coin. La surveillance des dômes était renforcée depuis l‘incident du dôme Espagne. Il y avait de plus en plus de rondes dans les couloirs.

— « Bonsoir. Vous avez l’air d’avoir sommeil, lui dit-elle. Moi, je sais pas ce que j’ai mangé ce soir, mais j’ai un peu mal au ventre. »

— « Bonsoir Mademoiselle, lui dit le garde. Vous avez raison, je devrais aller me coucher, de toute façon, on nous demande de surveiller les dômes, mais je ne sais pas trop de quoi. Enfin, on m’a dit de le faire jusqu’à minuit, donc c’est bon. Passez une bonne nuit, lui dit il en s’éloignant. »

Cerise fila aux toilettes puis regagna la chambre. Elles attendirent encore histoire d’être sûres.

Vers 2h du matin, elles pointèrent leur nez par la porte de leur chambre. Vraiment personne… Mêmes les derniers étudiants étaient maintenant rentrés car les cours reprenaient tôt demain.

Utilisant les angles morts, les filles se rendirent dans les toilettes, montèrent jusqu’à la lucarne, et se faufilèrent à extérieur.

— « C’est acrobatique, rigola Cerise. Jamais je n’aurais pensé, en arrivant ici, visiter l’Académie de cette manière. »

C’était agréable d’être avec Cerise. Elle avait toujours tendance à voir le bon côté des choses. Elle marquèrent d’un bout de tissu la fenêtre des sanitaires, pour la retrouver facilement, et traversèrent les quelques mètres qui séparaient le dôme France du dôme voisin.

— « C’est peut-être pas très intelligent de faire ça dans le dôme juste à côté, dit Cerise. Techniquement, il n’y a que quelques mètres qui le séparent de notre chambre….

— Oui, tu as raison. On va longer le dôme Finlande tout du long, et on ira dans le dôme Italie. J’espère que tous les dômes se ressemblent à peu près, répondit Erin. Je n’aimerais pas avoir une mauvaise surprise en arrivant là-bas.

— Oui, moi aussi. Mais après tout, il n’y a pas de raison que les architectes aient fait différent. »

Erin ouvrit la marche, Cerise derrière elle, longeant le dôme Finlande en restant le plus discrètes possibles. Elles s’interrompirent une ou deux fois, pour laisser passer des gardes, puis continuèrent pour atteindre le dôme Italie.

Le dôme Italie était à peu près aussi grand que le dôme France; la population italienne n’étant pas très différente de la population française. Les filles déterminèrent rapidement quel était le dôme principal et quels étaient les dômes d‘habitation. Si le dôme ressemblait au leur, les salles de cours devaient se situer au premier étage.

Erin se proposa pour escalader le dôme. Grâce à la structure externe du dôme, l’escalade était facile. Il suffisait de prendre appui sur les madriers et de se hisser sur celui au-dessus. Mis à part une question de vertige, plus elle montait, plus l’ascension était facile car la structure s’aplatissait avec la hauteur.

Elle regarda par une fenêtre; c’était bien une salle de classe. Elle fit signe à Cerise de la rejoindre pendant qu’elle tentait d’ouvrir discrètement la fenêtre. En passant une petite règle fine en fer entre la fenêtre et chambranle, du côté du verrou, elle avait réussi à déverrouiller la fenêtre. Lorsque Cerise atteint celle-ci, Erin était dedans. Encore une fois, l’Académie n’avait pas passé que des élèves puisse faire ce genre de choses; aucune alarme ne protégeait la pièce.

— « Bon, on fait quoi maintenant ? demanda Cerise. Si on lance le programme comme ça et que ça lance des alertes, ils vont rappliquer rapidement ici.

— Oui, j’y ai pensé, répondit Erin. On va spoofer les IP comme la dernière fois. Même s’ils se rendent compte de ce qui s’est passé, ça sera après, en étudiant les logs, et on aura fini.

— L’idéal serait de laisser des traces ici. Un nombre de traces bien dosées. Comme ça, s’ils remontent la piste, ils arriveront à cette salle, dans le dôme Italie et ils n’auraient aucune raison de soupçonner quelqu’un du dôme France.

— Bonne idée Cerise. Heureusement que je t’ai avec moi, tu es toujours de bons conseils.

— Disons qu’on forme une bonne équipe toutes les deux. Toi, tu es super douée techniquement, et moi, je te donne des idées que je serais incapable de mettre en œuvre.

— Tu te dévalorise, tu es super douée aussi.

— Bon, on arrête de se lancer des fleurs, et on s’y met ?

— Oui. »

Elles allumèrent un PC. Erin commença les manipulations pour faire croire que le trafic venait d’un autre ordinateur, puis Cerise s’installa. Erin lança le programme qui allait la libérer de l’implant.

Au cas où la machine ai envoyé au serveur une alerte à son démarrage, Erin en forgea une nouvelle, simulant l’extinction de l’ordinateur. Avec un peu de chance, personne ne viendrait voir pourquoi la machine avait démarré, puisqu’elle s’était déjà arrêtée.

Erin ne s’était pas posé la question la dernière fois, elle était trop pressée, mais il ne semblait pas que les implants disposent d’un moyen de géolocaliser leur porteur. Cela aurait signifié qu’ils émettent des ondes… Ce qui aurait pu être préjudiciable pour le cerveau. Heureusement pour elles, sinon, aller dans un autre dôme n’aurait servi à rien, il de vérifier la géolocalisation de tous les implants pour savoir qui était là, ce soir-là, à cette heure…

Erin alluma un deuxième ordinateur, fit les mêmes manipulations pour le trafic, puis se mit à la recherche, dans le réseau de l’Académie, des plans détaillés du bâtiment administratif.

Quelques heures passèrent. À un moment, une ronde passa dans le couloir, mais ils ne vérifièrent pas la salle.

Le réseau de l’Académie était bien cloisonné, et Erin ne trouvait rien. Elle jeta un coup d’œil à l’écran de Cerise. Le programme avait réussi à se connecter à son implant, et était en train de le désactiver. D’ici moins d’une demi-heure, elles pourraient repartir. Le plus tôt serait le mieux, car rester dans cette salle était très stressant.

En plus, Erin se demandait à quelle heure M. Garceau allait recommencer à faire des rondes dans le couloir. S’il la reprenait trop tôt, ça serait compliqué pour elles de repasser dans l’autre sens. Bah, il fallait qu’elle arrête sa parano. Ce n’était pas parce que M. Garceau ne l’aimait pas qu’il allait mettre des moyens de fou pour la surveiller.

Rien dans les documents accessibles aux élèves, normal, elle s’en serait doutée. Puis, l’outil pour cracker les mots de passe qu’elle avait lancé une heure plutôt dans l’espoir de récupérer le mot de passe de M. Garceau fini porter ses fruits. Elle avait choisi M. Garceau car c’était la seule personne de sa connaissance qui pouvait avoir accès à ce genre d’informations, et dont elle connaissait l’identifiant. Enfin, elle savait qu’il s’appelait Wyatt et avait déduit que si son login à elle était bergere, le sien avait des chances d’être être garceauw

Cerise venait de se réveiller de la sorte de sommeil artificiel dans lequel elle avait été plongée au moment où l’outil avait commencé à se connecter à son implant. Tout avait l’air d’aller pour elle. Elle se déconnecta et se rapprocha d’Erin.

— « J’ai le mot de passe de M. Garceau, je vais tenter de récupérer les plans sur une clef USB », chuchota Erin.

Du bruit se fit entendre dans le couloir.

— « Dépêche-toi », dit Cerise.

Erin farfouilla rapidement dans les répertoires administratifs auxquels M. Garceau avait accès. C’était dommage, il y avait l’air d’y avoir beaucoup de choses, mais il fallait qu’elle se focalise sur ce plan.

Elle finit par le trouver et se dépêcha de le copier. Elle éteignit l’ordinateur, récupéra sa clef et elles se faufilèrent par la fenêtre de la salle, au moment où la porte de celle-ci s’ouvrait sur un groupe de surveillants.

Craignant de faire du bruit en descendant, les filles restèrent un petit moment sur la corniche.

— « Viene da qui.

— «Ça vient d’ici, murmura Cerise. Ils nous cherchent.

— Oui, mais ils soupçonnent des Italiens. Ils vont surement fouiller les couloirs et pas penser à l’extérieur. Enfin, j’espère. Descendons vite tant qu’ils n’ont pas l’idée de regarder par la fenêtre. »

Les filles dégringolèrent littéralement du dôme. Le soleil n’allait pas tarder à se lever, il fallait qu’elles se dépêchent. Si elles attendaient trop longtemps, on pourrait les voir retraverser le campus. Sans parler des difficultés qu’elles auraient à retourner dans leur chambre discrètement une fois tout le monde réveillé.

Elles longèrent le dôme Finlande, retrouvèrent leur bout de tissu, qu’elles récupérèrent au passage, et entrèrent par la fenêtre des toilettes. Un coup d’œil rapide dans le couloir, et elles retournèrent dans leur chambre.

— « Ouf, dit Erin en refermant la porte derrière elle. Je n’avais qu’une crainte, c’était d’apercevoir M. Garceau à l’angle du couloir.

— Oui. Moi aussi. Comme quoi ta parano à fini par déteindre sur moi. Il t’aime pas, OK, mais au point de venir faire le pied de grue devant notre chambre à cette heure…

— Bon. Au moins, c’est fait. Soulagée ?

— Soulagée, répondit Cerise. Comme si je sortais d’un mauvais rêve.

— Et toujours partante pour la suite ?

— Plus que jamais. Et puis un bon petit stress de temps en temps, ça vous requinque », répondit Cerise en rigolant.

Erin sourit. Cerise avait décidément le don pour tout voir du bon côté. Et elle était contente que ce soit son amie.

Erin prit la clef USB de sa poche, et la mis sur le PC de Cerise. Après avoir lancé l’outil d’obfuscation, elle vérifia ce qu’elle avait récupéré. Elles allaient envoyer le plan à #freedomnia et surtout, voir avec Kwier la suite des évènements.