Erin passait de longues journées monotones. M. Garceau en avait toujours après elle, peut-être parce que cela faisait un moment qu’elle avait eu son blackout et qu’il commençait à trouver le temps long. Il passait régulièrement vérifier si « tout allait bien », mais Erin voyait bien que c’était pour garder un œil sur elle.

Il fallait qu’elle sorte rapidement de là, avant que M. Garceau ait l’idée de la faire passer par hôpital contrôler la bonne marche de son implant.

Avec cette surveillance régulière, elle avait l’impression d’être inutile. Mais au moins, grâce à Cerise, les choses avançaient. M. Garceau pensait toujours que Cerise la surveillait. Du coup, quand elles étaient deux dans la chambre, elles pouvaient agir à leur guise. Et puis, Cerise avait pris le relais sur beaucoup de points. Cela n’empêchait quand même pas Erin de se morfondre.

Cerise avait communiqué dernièrement avec Pierre, Victor, Alexis, Zara et Fabien et avait pris en main la coordination de la communication. Tous les cinq étaient toujours motivés pour sortir de l’Académie et rejoindre les rangs de #freedomnia, ce qui était positif.

Ils avaient mis au point une technique de stéganographie, afin de pouvoir discuter entre eux et s’envoyer des messages, sans que l’Académie ne puisse comprendre ce qu’ils disaient ; S’ils avaient simplement chiffré leurs communications, l’Académie aurait été capable de les déchiffrer, sans parler du fait que ça aurait été louche.

Ils avaient donc décidé qu’ils fallait communiquer clairement, sur les canaux de communication de l’Académie, mais que leurs discussions ne soient compréhensibles que par les personnes qui savaient de quoi ils parlaient ; La stéganographie était la clef.

Dans les classiques de la stéganographie, il y avait par exemple, écrire un message à ne lire qu’une ligne sur deux, ou alors que seul le premier mot de la phrase soit utile. Mais, après réflexion, ils s’étaient tournés vers la dissimulation d’informations dans des images.

Lorsque l’un d’entre eux voulait communiquer avec les autres, il postait une image sur le forum de discussion dédié aux arts graphiques, et il dissimulait dans son dessin un code morse contenant le message qu’il souhaitait faire passer aux autres.

Cette méthode était plus longue que d’écrire un message, d’autant plus qu’ils n’étaient pas de grands artistes, mais elle avait l’avantage d’être quasiment indétectable automatiquement : il aurait fallu que l’Académie dispose d’un algorithme qui soit en mesure de «visualiser» le contenu de l’image.

Ils réduisaient leur temps de discussion en likant les dessins des autres. Si tout le monde likait, cela voulait dire que tout le monde était d’accord. Les autres boutons sociaux permettaient d’au moins confirmer que le message avait été vu et déchiffré.

Ces derniers temps, ils avaient discuté de la désactivation de leurs implants. Comme ils se serviraient des salles de cours d’un autre dôme, ils s’étaient mis d’accord pour simplement rester dehors au lieu de regagner leur chambre à l’heure du coucher. Comme ça, pas de soucis pour sortir. Leurs colocataires respectifs penseraient qu’ils avaient passé la nuit en observation à hôpital.

Depuis, chacun attendait le feu vert.

Cerise avait donc posté ce matin un dessin d’un paysage crayonné au fusain. Il y apparaissait une barrière au premier plan. Avec des planches de bois cassées et d’autres non. Lorsque l’on savait ce que l’on cherchait, on pouvait se rendre compte que les grandes planches signifiait les traits, les petites, les points, et que le message suivant était caché :

−·−· · ··· −−− ·· ·−·

Signifiant :

Ce soir

Tout le monde avait liké le dessin de Cerise.